Le FIP Corse suscite beaucoup d’intérêt par la réduction d’impôt qu’il offre, mais aussi beaucoup de défiance, menant certains à n’y prévoir qu’une perte d’argent assurée.  Est-ce à dire que les gestionnaires de ces fonds sont des inconscients ?
Soyons sérieux, certes le risque de perte existe, mais il est juste un peu plus élevé qu’avec les FIP classiques. Le FIP Corse est risqué mais c’est loin d’être une arnaque.

1 / Définition d’un FIP

Partant du constat que toutes les belles entreprises de ce monde ont d’abord été de petites entreprises, les pays développés ont compris que pour continuer à alimenter leur croissance, il était préférable de faciliter le développement des petites et moyennes entreprises.

Pour cela, nos dirigeants disposent de deux options :

  • soit accorder des subventions et/ou des réductions d’impôts aux petites entreprises ;
  • soit encourager l’investissement dans ces entreprises.

La France, s’est engagée sur la seconde voie à la fin des années 90, d’abord avec la Loi de Finances pour 1997 qui a créé les FCPI, Fonds communs de placements dans l’innovation, puis la Loi du 1 août 2003 pour l’initiative économique, qui a instauré les FIP, Fonds d’investissements de proximité.

L’encouragement à investir dans ces petites sociétés revêt deux formes :

  • un crédit d’impôt accordé aux contribuables qui investissent. Ainsi, tout imposable a le choix :
    • soit de payer des impôts,
    • soit d’investir dans des PME ;
  • ainsi qu’une exonération d’impôt sur les plus-values éventuellement réalisées (seul resterait à s’acquitter des prélèvements sociaux).

Le taux de la réduction d’impôt sur le revenu accordée est actuellement de 18 %.

Par exemple, en investissant 1 000 € l’année N, vous bénéficiez d’une réduction d’impôt de 180 € (18 % de 1000 €).
Ainsi, si vous deviez vous acquitter de 400 € d’impôts, vous n’avez plus que 220 € d’impôts à régler (400 € – 180 €) après investissement.

Aujourd’hui, ce procédé satisfait toujours pleinement nos dirigeants qui constatent que plusieurs centaines de millions d’euros par an viennent alimenter nos PME qui en contre-partie créent des milliers d’emplois.
Et quand on sait que les PME génèrent 85 % des créations d’emploi en France, on comprend mieux l’enjeu.

Cependant, il a été rapidement constaté que certaines régions ne bénéficiaient pas des investissements par le biais de FIP.

La raison principale est que le « P » de FIP signifie : proximité.
Et dans l’esprit du législateur, il s’agit de promouvoir l’investissement au niveau régional, plutôt que national.
Pour ce faire, la loi impose aux promoteurs des FIP de choisir pour chaque fonds un nombre restreint de régions (actuellement 4 régions).
Et les régions Outre-mer, de part leurs spécificités intrinsèques : éloignement de la métropole et taille réduite comparé aux régions métropolitaines, n’entraient pas dans les choix des promoteurs.
Aussi, pour rétablir une certaine équité entre les territoires de la République, le législateur a créé des taux de réduction d’impôt plus favorable pour les FIP investissant dans ces régions (c’est la même idée que la remise de 50% sur l’écotaxe poids lourds accordés aux transporteurs bretons pour compenser leur ex-centrage par rapport à leurs concurrents des autres régions).

2 / Le FIP Corse

Concernant la Corse, ce fut le cas dès la Loi de Finance 2007.
Et cela ce traduit aujourd’hui, en 2013, par un taux de réduction d’impôt de 38 %.

Ainsi, l’investissement de 1 000 € l’année N permet une réduction d’impôt de 380 € (38 % de 1000 €).
Si vous deviez vous acquitter de 400 € d’impôts, vous n’aurez donc plus que 20 € d’impôts à payer (400 € – 380 €) après investissement.

Fort de cet avantage, deux jeunes et petites sociétés de gestion (Vatel et Viveris) ont lancé dès 2007 leur premier FIP Corse.

Photo : Maman Voyage / CC BY-ND 2.0

Aujourd’hui, après avoir fait ses armes en 2012 et 2013 sur l’Île de La Réunion, c’est au tour d’un leader français du capital-risque, OTC AM, de lancer son FIP Corse Croissance.

OTC, c’est depuis 2001 : 45 000 clients, 400 M€ sous gestion, 400 PME financées. Une société classée au 1er trimestre 2013 : 2ème en volume de capitaux levés et 1ère en nombre de sociétés financées.

Maintenant, vous allez me dire : « Oui mais c’est la Corse… ! ».

Peut-être…  Cependant, à mon sens, il existe un tas d’arguments qui plaident en faveur d’un investissement dans un FIP Corse :

  • Les gérants des premiers FIP Corse n’ont pas à rougir de leurs résultats. Ils sont dans la ligne prévue, à savoir la fameuse courbe en « J ». De plus, concernant les FIP, tout comme pour les FCPI, c’est quand les gérants auront revendu leurs participations dans les PME que l’on connaîtra vraiment les valeurs et donc les performances. En attendant, les commissaires aux comptes valorisent prudemment les valeurs comptables des PME et ainsi les performances en cours de vie des FIP peuvent être bien différentes de celles qui seront réalisées à leur liquidation.
  • Concernant les frais de gestion, ils sont tout à fait comparables à ceux des autres FIP. Seuls les frais indirects, ainsi que les frais liés aux acquisitions et cessions peuvent éventuellement être plus importants que pour un FIP continental.
  • L’économie Corse se porte bien, en tout cas mieux que celle du continent, avec ces 10 dernières années, une progression moyenne du PIB de 2,5 %/an. Ceux qui connaissent déjà l’île de beauté comprendront probablement le potentiel de développement qui existe, en particulier dans l’offre touristique. Du coté d’OTC AM, l’équipe de gestion envisage d’investir sur une dizaine d’entreprises alors que plus d’un millier seraient éligibles. Ce qui offre un très large choix à leur rigoureuse sélection.
  • Enfin, même si on n’aime pas trop mettre en avant l’aspect « défiscalisation » d’une opération, c’est quand même un taux de réduction de 38 % ! Et ce n’est pas une simple cerise sur le gâteau !

 

FIP Corse

Photo : niall62 / CC BY-SA 2.0

Dans la pratique, le bénéficiaire d’une réduction d’impôt, gagne cet avantage fiscal, l’année qui suit celle pour laquelle il déclare son investissement. Pour comparer cette opération aux autres placements, c’est comme obtenir une plus-value de 38 % l’année suivant l’investissement.

À ce gain, va se rajouter le produit de la revente des participations dans les PME au bout de 7 à 9 ans (on prendra donc une moyenne de 8 ans dans les simulations ci-après).

Le retour sur investissement ce fait donc en deux temps (après l’acquisition des parts de FIP l’année N) :

  • N+1 : gain de 38 % de l’investissement
  • N+8 : remboursement après liquidation du FIP

Pour en mesurer la performance, on pourra en calculer le taux de rendement interne (TRI) (le TRI est à comparer au rendement d’un investissement qui procure un revenu régulier (Par exemple, le Livret A avec son rendement de 1,25 %/an a un TRI de 1,25 %).

A présent, concernant ce genre d’opération, l’inconnue est le montant du remboursement final aux investisseurs. Pour se faire une idée sur le résultat à la sortie, il faut analyser diverses hypothèses :

scénario Ultra pessimiste Pessimiste Optimiste
Perte/gain en capital -60 % 0 % +50 %
Année N -100 -100 -100
Année N+1 +38 +38 +38
Année N+8 +40 +100 +142,25
TRI -4,95 % +5,73 % +10,18 %
  • Le scénario « Ultra pessimiste » correspondrait à la perte complète des investissements en Corse !?! En effet, les règles de gestion des FIP n’impose qu’un cota de 60 % des investissements à destination des PME régionales, 40 % restant étant librement investis par l’équipe de gestion sur des placements standards. De plus, dans ce sombre scénario, les 40 % restant ne rapporteraient rien.
  • Le scénario « Pessimiste » correspondrait à un investissement qui ne rapporterait aucune plus-values et ne générerait aucune perte, les gains et les frais s’équilibrant.
  • Le scénario « Optimiste » est calculé sur la base d’un gain de 50 %. À la liquidation, année N+8, les investisseurs récupèrent 150 % de leurs capitaux. La plus-value n’est pas imposable mais reste cependant soumise aux prélèvements sociaux de 15,5 % (taux 2013), ce qui réduit les capitaux récupérés à 142,25 %.

 

Tenant compte de la réduction d’impôt accordée dès la première année (+38 %) on s’aperçoit que l’opération présente un vrai potentiel de réussite.

En conclusion, le FIP Corse est indéniablement une opportunité financière.

FIP Corse : 38 % de réduction d'impôt

© hassan bensliman / Fotolia

Cependant la performance et la sécurité repose en partie sur une région difficile à comprendre et sujette à toutes les polémiques.
Il faut aussi tenir compte des deux contraintes liées à ce genre de fonds (FIP et FCPI) :

  • ces fonds étant plutôt risqués, il est déconseillé d’y placer plus de 10 % de son patrimoine ;
  • les capitaux sont bloqués plusieurs années, dans le cas présent jusqu’à 9 ans. Il ne faut donc utiliser ce genre de produit qu’avec un horizon de placement lointain.

Aussi, il revient à chacun de juger de l’opportunité d’investir dans le FIP Corse, selon son degré d’aversion au risque.

Et quoi qu’il en soit, d’autres solutions existent pour diminuer ses impôts, en commençant par les autres FIP.

Voir notre comparatif de FIP (et FCPI), dont notre sélection de FIP Corse (à droite du tableau).