Si de toujours le téléphone a constitué, et constitue encore pour certains, le premier moyen de conseil à distance, le développement des communications via le Web a aujourd’hui fait entrer le métier du conseil patrimonial dans une nouvelle ère.

Il est toutefois important de prendre en compte le fait que le conseil en gestion de patrimoine nécessite la qualification de Conseil en Investissement Financier, laquelle classe l’exercice du métier au titre des professions réglementées.

De plus, de la même façon que l’on ne s’improvise pas CGP, exercer en ligne nécessite d’une part, une capacité technique à le faire, et d’autre part un respect de la réglementation, tout en assurant aux clients une sécurité optimale de leurs informations.
 

Internet et technologies

L’utilisation quotidienne d’Internet via différents terminaux, du mobile à l’ordinateur, a vu croître ces dernières années de plus en plus d’acteurs en ligne, et parmi les plus médiatisés, les jeunes sociétés proposant une prestation liée à la finance par le biais de technologies propres, et souvent basées sur un algorithme propriétaire, les FinTech (pour « finance et technologie »).

Sans être en reste, les cabinets CGP (CGPI) se sont aussi mis en ligne avec un site web, pour la quasi majorité de type « site vitrine », destiné davantage à disposer d’une présence sur le Web et présenter le cabinet dans sa globalité, que de véritablement travailler à distance.

Audit patrimonial

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En effet, le conseil financier et patrimonial en ligne nécessite tout d’abord de disposer au minimum d’un site internet conçu pour ça. Au delà d’une simple présentation, où la transparence devient la règle de base, le site doit pouvoir disposer d’un espace client qui permettra le recueil des informations indispensables au conseiller pour réaliser ses études.

Un logiciel acheté (ou loué à un tiers) peut faire l’affaire, mais disposer d’une compétence informatique interne pour développer, programmer et mettre en place les outils qui vont permettre la digitalisation des process est un vrai plus, qu’il est vrai peu de cabinets peuvent se permettre. L’autonomie technique c’est aussi la possibilité de personnaliser et d’adapter le code et les scripts à la finalité et à l’évolution de la réglementation, ce en temps réel, tout en évitant toute faille ou tout risque de « backdoor » en utilisant un logiciel tiers, quel qu’il soit.

Enfin, le conseil CIF en ligne prend tout son intérêt avec la dématérialisation des documents et l’automatisation de certaines composantes, telle la signature électronique, le conseiller humain ne pouvant néanmoins être écarté d’un conseil patrimonial, ne serais-ce que pour valider le document mis à la disposition du client dans son espace sécurisé. Clairement, aucun robot-advisor n’est en mesure de faire un véritable conseil patrimonial, tant les spécificités propres à chaque dossier client rend chaque étude unique. Les robots sont surtout efficaces pour piloter des allocations d’actifs.
 

Sécurité et confidentialité

Tout comme n’importe quel site de commerce, la base pour assurer la sécurité des échanges d’informations entre le terminal du client et le serveur de la société de conseil, est que le site internet soit équipé d’un certificat de chiffrage, plus communément appelé SSL (Secure Socket Layer) et se matérialisant par une adresse web commençant par https. Sans certificat de chiffrage, toute donnée saisie en ligne serait envoyée en clair, sans aucune protection et très facilement récupérable par n’importe quel individu un peu averti.

Au delà des échanges de contact et d’ordre général, l’usage d’une messagerie gratuite, de type fournisseur d’accès internet ou Gmail, Yahoo etc. est aussi à proscrire pour assurer la confidentialité des échanges car ici on traite d’informations sensibles. Par contre, l’utilisation d’une messagerie interne, hébergée sur le serveur sécurisé du cabinet, est un moyen efficace de protection des informations personnelles et financières du client.

Pour communiquer verbalement, si le téléphone reste un outil basique, la visioconférence est à privilégier. Paradoxalement, alors que le principal reproche du conseil à distance est le fait de ne pas rencontrer, ne pas voir son conseiller physiquement, en chair et en os, on observe encore une réticence des clients à utiliser ce formidable outil de communication.

Ceci dit, tout comme les messageries, il est exclu d’utiliser des logiciels grand public, tel Skype, en permanence sur écoute de la NSA et régulièrement piraté. Le recours à une solution privée française (donc de droit français) est ici requis, mais là encore, l’utilisation d’un script propre sur le serveur du cabinet reste ce qui se fait de mieux en matière de confidentialité.

Sécurité du conseil à distance

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L’archivage des documents doit aussi se faire sur un serveur séparé, et idéalement être inaccessible du web afin qu’aucun pirate, aussi doué soit-il, ne puisse y accéder sans avoir à « cracker » le serveur.

De même qu’un pare-feu applicatif est indispensable pour protéger les scripts et fichiers dynamiques, les informations personnelles stockées en base de données doivent être chiffrées, et les bases sauvegardées chaque jour, ou au minimum chaque semaine, sur un disque dur sécurisé ou un cloud français.

Enfin, l’indépendance technique sur les plans informatique et logiciel permet aux cabinets les plus avancés d’offrir une confidentialité accrue et réelle à leurs clients, d’autant plus si les programmeurs sont eux-même qualifiés CIF comme c’est le cas, par exemple, à La Boîte à Finances.
 

Respect de la réglementation

Posséder des procédures internes de fonctionnement spécifiques à Internet, et disposer des moyens techniques pour exercer son métier en ligne nécessite cependant un respect strict de la réglementation.

Il ne peut être question de sortir des process, lesquels sont normés, ou de s’affranchir des étapes et des règles établies, que ce soient par l’Autorité des Marchés Financiers (AMF) ou l’association professionnelle dont dépend le cabinet.

A cet effet, le conseiller en gestion de patrimoine exerçant à distance doit pouvoir vérifier l’identité de ses clients et recueillir toutes les informations nécessaire à l’élaboration de son conseil en investissement financier. Une relation de confiance doit donc impérativement s’instaurer malgré la distance.

De même, le conseiller ne peut débuter son étude sans avoir contractualiser son engagement professionnel par la signature d’un document clé, nommé Lettre de Mission, comme le stipule l’AMF.
C’est là que numérisation automatisé en ligne et signature électronique font la différence avec la basique transmission par email d’un document scanné après signature manuelle, suivi de son envoi par courrier postal. Le conseil en ligne, c’est l’affranchissement des distances, mais aussi du temps par la rapidité d’exécution des opérations « tout en ligne ».

Énorme avantage dans le respect de la réglementation, l’automatisation d’un système en ligne réside aussi dans les différentes alertes que l’on peut paramétrer, comme par exemple pour les conseillers, un rappel automatique de suivi client, une alerte automatique de changement de situation, de modification du dossier par le client ou encore, pour ce dernier, l’envoi d’un message automatique d’information de délai d’attente, de mise à disposition de documents, d’incomplétude de son dossier etc.

Toutes les exigences du métier peuvent être traduites en programmation informatique, dès lors que le cabinet dispose d’une puissante capacité opérationnelle en ligne.
 

Conclusion

Le métier réglementé du conseil financier et patrimonial peut parfaitement s’exercer à distance, en particulier sur Internet, dès lors que les moyens techniques sont mis en place, avec comme main courante la sécurité des échanges et la confidentialité des données clients. Disposer d’un site web, d’une messagerie et d’un téléphone constitue une base rudimentaire pour exercer le conseil patrimonial en ligne, mais se montre insuffisant au regard des exigences du métier.

Ceci étant, même pour les plateformes les plus avancées, le premier challenge sur Internet est de créer de la confiance et de se distinguer, sans ambiguïté, de tous les sites d’arnaques proposant des placements avec des rendements mirobolants. L’affichage public des agréments et habilitations, ou de la Fiche d’Informations Légales, est donc incontournable, et garant de la crédibilité du cabinet « online ».

Finalement, le seul reproche que l’on pourrait faire au conseil en ligne réside dans le fait que le client ne puisse pas serrer la main de son conseiller, ce qui, soyons honnête, est anecdotique au regard des nombreux avantages que procure cette façon de procéder, pour les uns et pour les autres.